François Génot

Né à Strasbourg en 1981

Vit et travaille à Diedendorf (Fr)

Enseigne le dessin à l'Ecole Supérieure d'Art de Lorraine à Metz 

 

Portefolio

 

EXPOSITIONS PERSONNELLES (sélection)

 

2017 Météores, TATA Galerie, Metz (Fr)

2016 Herbarium, CIP-LA VILLA, Dehlingen (Fr)

2016 1trait/1tronc, CINE Bussière, Strasbourg (Fr)

2016 Spirit carbon, Espace Lézard, Colmar (Fr)

2015 CR502p, commissariat Pauline Lisowski, Galerie 379, Nancy (Fr)

2015 Les Commensales, Espace international, Ceaac, Strasbourg (Fr)

2014 Frost & salt, Galerie de la Médiathèque de Cernay (Fr)

2013 Drave, Langage Plus, Alma (Qc)

2012 Thuya bomba, Galerie de la Médiathèque de Forbach (Fr)

2012 Black grass, Kayserguet, Strasbourg (Fr)

2012 The last storm, Sogn og Fjordane Kunstmuseum, Forde (No) 

2010 Sur la route d'Eppe-Sauvage, Cent lieux d'art 2, Solre-le-Château (Fr) 

2010 Solutions tampons, Galerie Octave Cowbell, Metz (Fr)

2009 Les îles, Musée des techniques faïencières, Sarreguemines (Fr)

2008 La grande traversée, Halle verrière, Meisenthal (Fr) 

2008 La clairière, Centre d'art Dominique Lang, Dudelange (Lu) 

2008 Les bas-côtés, Accélérateur de particules, Strasbourg (Fr) 

 

EXPOSITIONS DUO ET COLLECTIVES (sélection)

 

2016 Appels, commissariat Corentin Grossmann, Le Granit, Belfort (Fr)

2016 Natura, commissariat Pauline Lisowski, Musée Aquarium, Nancy (Fr)

2016 Entre les lignes 2, commissariat Nicolas Schneider/mAthieu Boisadan, Zone d'art, Strasbourg (Fr)

2016 Le pavillon des sources, commissariat Le Triangle Des Bermudes, Diedendorf (Fr) 

2015 Knock on wood (avec Stephan Balkenhol), commissariat Le Triangle Des Bermudes, Diedendorf (Fr)

2015 Stuwa, parcours art & nature dans le Sundgau, commissariat COAL, Ferrette (Fr)

2015 Cristallisations…, commissariat Centre Pompidou Metz, La Grande Place, Musée du Cristal, St Louis (Fr)

2015 Systémique, commissariat COAL, Ceaac, Strasbourg (Fr)

2015 Waldeinsamkeit (avec Mathieu Boisadan), commissariat Axel Pahlavi, Projektraum Ventilator 24,Berlin (De)

2014 Pour tuer le mal, commissariat Nicolas Muller, Galerie Maubert, Paris (Fr)

2014 6 Week ends d'art contemporain, commissariat Le Mètre Carré, Nancy (Fr)

2014 Le Triangle Des Bermudes (commissariat), Atelier FG, Didendorf (Fr)

2014 FEW, Wattwiller (Fr)

2014 Eternel retour, Perception Park, Paris (Fr)

2014 0°C (avec François Daireaux), Schaufenster, Sélestat (De)

2014 Château Sauvage, Saarländisches galerie, Berlin (De)

2013 Château Sauvage, Schloss Fellenberg, Merzig (De)

2013 Landscape modes, Galerie Perception Park, Paris (Fr)

2013 Wanderung, Ceaac, Strasbourg (Fr)

2013 Les contaminations, Ecomusée de l'Avesnois - Maison du bocage, Sains-du-Nord (Fr)

2013 Salina (avec Samuel François), Musée départemental du Sel, Marsal (Fr)

2013 Group show, Galerie LWS, Paris (Fr)

2013 L'arbre qui cachait la forêt, avec le Frac Lorraine, Médiathèque de Forbach (Fr)

2012 Plants make troubles, Galerie des paysages, Avignon (Fr)

2012 Fil sensible, commissariat Anne Malherbe, Galerie LWS, Paris (Fr)

2012 A force de regarder au lieu de voir, commissariat Sally Bonn, Galerie des Grands Bains Douches, Marseille (Fr)

2012 Entre les lignes, commissariat Nicolas Schneider et Mathieu Boisadan, Fabrik Kultur, Hegenheim (Fr)

2012 Nothing, Galerie NaMiMa, Nancy (Fr) 

2011 Régionale 12, Fabrik Kultur, Hegenheim (Fr)

2011 Thrill, Accélérateur de particules, Ancienne Douane, Strasbourg (Fr)

2011 Piqûres d'ortie et dents de lion (avec Mathieu Boisadan), Avila Factory, Strasbourg (Fr)

2011 WWF 50th anniversary event, commissariat COAL, Zurich (Ch) 

2011 Carte blanche à l'Artothèque, La Chaufferie – galerie de l'ESAD, Strasbourg (Fr)

2011 Endless Park, François Génot & Guillaume Greff, FilmBüro, Saarbrücken (De)

2011 La Chambre, François Génot & Guillaume Greff, Les yeux la nuit, Nuit de la vidéo, Nancy (Fr)

2011 I see a darkness, Collectif Mountain, Ateliers Ouverts 2011, Strasbourg (Fr)

2010 Le lit civilisé, Collectif Mountain, Apollonia, Strasbourg (Fr) 

2010 Mais Godard c'est Delacroix / Plan 1, (avec The Plug), Project Room N°6, Crac Alsace, Altkirch (Fr) 

2010 Fables de l'imaginaire, invitation FRAC Lorraine dans le réseau des musées meusiens (Fr)

2010 Nuit blanche, Amiens (Fr)

2010 Le pire n'est jamais certain, commissariat Christian Debize, Galerie de l'esplanade, ESAM, Metz (Fr) 

2009 Art and its context(s), Musée National de Banja Luka (Bih) 

2009 Nuit blanche, Metz (Fr)

2009 Blitz, biennale d'art contemporain, Galerie de l'esplanade, Metz (Fr) 

2008 Premier été, Galerie Andrieu, Berlin (De)

2007 Welcome too our neighbourhood, commissariat Danièle Igniti, Arsenal, Metz (Fr) 

2007 Kunst macht Schule, Halle verrière, Meisenthal (Fr) 

2007 Roundabout-Refreshing art, commissariat Christian Mosar, Rotonde, Luxembourg (Lu) 

 

FOIRES / SALONS 

 

2016 DDessin - Collections, Regards sur la planète, Commissariat Anne Malherbe, Paris (Fr)

2013 Art On Paper +1, Galerie LWS, Bruxelles (Be)

2013 Drawing Now, Galerie LWS, Paris (Fr)

2009 Art Karlsruhe, Galerie Andrieu, Karlsruhe (De)

2009 Jeune Création, 104, Paris (Fr)

2006 Mulhouse 006, Les écoles d'art en France, Mulhouse (Fr) 

 

RÉSIDENCES

 

2016 Résidence Polesye State Radiation-Ecological Reserve  (Blr)

2016 Résidence CIP La Villa, Dehlingen (Fr)

2015 Résidence 379, Nancy (Fr)

2014 Résidence à Berlin, CEAAC (De)

2013 Résidence au Québec, Frac Alsace/Language Plus, Alma (Qc)

2012 Résidence au Sogn og Fjordane Kunstmuseum, Forde (No)

2011 Résidence Berezinsky Biosphère Reserve, Belarus (Blr)

2010 Résidence au Centre International d'Art Verrier de Meisenthal (Fr)

2009 Résidence ”Art and its context(s)”, Banja Luka, Musée National d'art contemporain (Bih)

2008 Résidence Artmix 3, Saarbrücken/Luxembourg (De) (Lu)

2007 Résidence à Berlin, bourse financée par le Conseil Général de la Moselle (De)

2006 Résidence Stephan Balkenhol/Artopie, Meisenthal (Fr)

2005 Résidence “Le vent des forêts“, Meuse (Fr)

 

ALLOCATIONS

 

2011 Aide à l'installation d'atelier, DRAC Alsace

2010 Bourse “Regards d'Artistes”, (avec Guillaume Greff), Parc Naturel Régional des Vosges du Nord (Fr)

2006 Aide individuelle à la création DRAC Lorraine

 

PUBLICATIONS (sélection)

 

2015 Livre : "CR502p", édition 379, Nancy

2013 Livre : “SALINA“ avec Samuel François, BUNK éditions

2013 Revue : Semaine n°339, éditions Analogues

2013 Edition d'artiste : "DRAVE", réalisée en 12 exemplaires dans les ateliers du centre Sagamie, Québec

2013 Revue : Les carnets du paysage n°24, collectif, éditons Actes Sud & ENSP

2012 Journal : L'impossible N°5, Paris

2011 Revue : 50° Nord n°2, collectif, édition Réseau 50° Nord

2011 Revue : Les carnets du paysage n°21, collectif, éditons Actes Sud & ENSP

2011 DVD : “La Chambre“, éditions François Génot & Guillaume Greff

2010 Livre : “Le lit civilisé“, avec Mathieu Boisadan, éditions Apollonia

2010 Revue : Le Salon n°2, collectif, éditions ESAL

2009 Livre : “Les îles“, texte de Alexis Zimmer, éditions Wildproject

2007 Livre : “Ici vous êtes ailleurs“, édition photographiques, éditions commune de Woelfling

 

COLLECTIONS PUBLIQUES / 1% ARTISTIQUES / PRIX

 

2016 Collection Artothèque de Strasbourg (Fr)

2015 Lauréat du prix de la SAAMS, Société des Amis des Arts et des Musées de la ville de Strasbourg (Fr)

2015 Finaliste Prix découverte des amis du Palais de Tokyo (Fr)

2014 Finaliste des Talents contemporains catégorie Dessin, Fondation François Schneider, Wattwiller (Fr)

2013 Finaliste de la commande publique "Création de vitraux contemporains/Eglise de Fey en Haye" (Fr)

2012 Lauréat du projet d'habillage des bus CTS, Strasbourg (Fr)

2011 Collection Artothèque de Strasbourg (Fr)

2010 Réalisation 1 % artistique pour l'IUT de Saint Dié (Fr)

2009 Collection Musées de Sarreguemines (Fr)

2008 Collection Ville de Dudelange/CAC Dominique Lang (Lu)

  


 Textes


 

Avant le passage de l'artiste, il y a un espace blanc. Après son passage, une abondance végétale dense, vivifiante, qui nous agrippe tel un buisson épineux et ne nous lâche plus. Sur une feuille de papier ou in situ, François Génot crée ce qu'il nomme un paysage, mais peut-être pourrait-on plutôt appeler cela une présence végétale, qui s'est imposée et qui a crû en dépit de forces contraires. Introduit depuis son enfance, par l'éducation qu'il a reçue, au règne de la nature, Fran- çois Génot en a fait la source de son art, partout où elle parvient à s'installer. Le mot « source » est ici à prendre dans un sens très peu métaphorique : ce ne sont pas vraiment les paysages dans leurs qualités plastiques qui arrêtent l'attention de l'artiste mais leur puissance d'expansion et de poussées. C'est là qu'il puise sa manière de procé- der et, en somme, l'évidence même de la création. Son travail commence avec la rencontre d'un lieu (bord de route, zone industrielle, ter- rain vague, ...) où la nature marque sa présence de façon inattendue. La photo qu'il en tire est un document (non un modèle) grâce auquel l'artiste retrouvera la structure des tiges ou du fourré concernés. Vient ensuite le dessin, dans lequel on reconnaîtra finalement une silhouette végétale, mais qui est d'abord genèse, croissance, expansion. Les repères s'égarent dans une com- position qui dépasse les limites de la feuille, ou bien se développe dans l'espace, et déborde le regard du spectateur. L'artiste ajoute et efface. Il arrache sa composition au blanc de la feuille ou du mur avec la même force que la nature qui, pour croître, écarte les pavés. D'autres travaux que le dessin, notamment de petites faïences blanches, semblent eux aussi avoir été soumis à un processus d'extraction à la fois délicat et violent. A la fin, le mur ou la feuille, dématérialisés, ne sont plus que mouvements et courants. Le vide et le plein y ont une existence égales, comme dans une estampe asiatique. L'espace est vibrant : grincements d'insectes invisibles, frémissements de feuilles, souffles. Ce que l'artiste imprime à notre regard, c'est le rythme de la création.

Anne Malherbe, 2011, catalogue de l'exposition THRILL, Strabourg.

 


 

Déplier l'herbe


Tout commence, ou plutôt tout recommence par la marche : l'appareil photographique en bandoulière, les chaussures adéquates, lourdes et robustes, les cheveux attachés. Les lieux ? Ceux d'un quotidien que la banalité a détourné de nos attentions. Ils sont souvent là, ordinaires, à deux pas de mes trajets. Cela peut être un bord de route, une friche industrielle, une voie ferrée abandonnée, les abords inaccessibles d'un cours d'eau, les lignes de démarcation d'un champ ou un simple parterre d'herbes folles. Là, quelque chose me retient : une sorte d'adhérence optique, d'affinité curieuse avec ces lieux a priori dénués de toute fonction. Je m'y aventure. Les taillis de ronce accrochent, écorchent, les lacis de branches, de haies et de buissons entravent la marche, la retiennent. Il y va presque de la confrontation. Tout du moins, le corps affronte cet enchevêtrement, il s'y expose. Et puis, il y a cette inquiétude, comme une tension qui me tient en alerte, me rend “sensible au moindre changement de la déclivité” (comme dit Ponge à propos de l'eau), m'oblige à prolonger l'exploration. Je regarde, je sens, animal aux aguets.

Les photographies fonctionnent pour moi comme un système de contraintes. Elles me cadrent, me tiennent et me permettent de composer. Je ne cherche pas du tout à les reproduire. Elles fonctionnent davantage comme une amorce, ou une accroche pour la reprise de l'amorce initiale ; document plutôt que modèle.

L'enjeu n'est pas tant de représenter toutes ces branches, leur enchevêtrement, que de saisir ce qui les fait tenir en deçà de leur visibilité. Ce qui m'intéresse, c'est cette puissance du végétal, qui procède par expansion, dislocation et poussées successives. Songez à ces remparts, à ces clôtures ou à ces dalles descellées, qui ont littéralement éclaté sous une pression organique et quasiment imperceptible.

La simplicité du matériau – feuille blanche grand format, fusain –, associée à une certaine vitesse d'exécution, permet de tenter de saisir ça. Je cherche le départ de telle ronce, un trait élancé, un geste, une direction, une épaisseur. Il faut aller vite, se laisser surprendre par une énergie, une force spécifique à la prolifération. La surface se noircit, la poussière se disperse, la main devient noire : plus que jamais outil. Un corps à corps avec le dessin, où l'on retrouve quelque chose de l'expérience initiale de ces lieux.

Il y a, en même temps, quelque chose de très élémentaire dans cet agencement corps-feuille-fusain : la possibilité d'une sorte de geste premier. 

Se défaire, défaire, tenter de se débarrasser de ce dont on semble s'encombrer, comme une manière de revenir à “la” source de ce qui nous inspire. En même temps, on se doute bien qu'on n'y arrivera jamais tout à fait. On n'a jamais affaire à soi ou au monde en tant que tel. C'est pour ça que l'idée, ou plutôt le motif des terres brûlées me plaît bien. C'est peut-être là une manière de tenir les deux ensemble : on régénère un sol qui est déjà là, on se débarrasse de ce qui “l'encombre” en même temps qu'on lui donne la force de s'encombrer encore une fois. C'est un peu comme ce qu'affronte l'écrivain. Il n'a jamais affaire à la feuille blanche. D'emblée, il se trouve confronté à une feuille saturée d'évidences, d'habitudes, de “bon sens”. On pourrait presque dire que son travail, son écriture –  et je sens précisément que j'aspire à ça quand je dessine – débute par cette opération d'épure ou de soustraction.

Dessiner les buissons, les broussailles, les fourrés ne peut se faire qu'avec maladresse – il serait vain de croire pouvoir maîtriser leur reconstitution graphique. Elle est indispensable à la tentative de ne pas figer un motif qui demande à s'incarner vivant. Du même coup, mes intentions initiales sont toujours débordées, déviées.

Dans ce mouvement, de l'épure à la maladresse en passant par la “déshabituation”, il y a quelque chose de l'ascèse, de l'exercice pratique. Une vigilance constante à entretenir, de nouvelles attentions à forger, une posture, des disponibilités à ce à quoi on ne s'attend pas. Et c'est ici que, du dessin à la marche, du dessin à l'existence, cette nécessité fait cercle ou ellipse : le dessin appelle à sentir autrement en même temps que sentir autrement appelle de nouveaux dessins.

François Génot et Alexis Zimmer, janvier 2013. Texte paru dans le n°24 de la revue Les carnets du paysage.